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FÉLICITÉ
(Fr. Félicité/bonheur; Germ. Glück; Lat. felicitas; Gr. eutychia, eudaimonia).
FÉLICITÉ, bonheur. Lorsque nous attribuons à Dieu la félicité suprême, nous entendons que Dieu se connoît et s'aime lui-même, qu'il sait que son être est le meilleur et le plus parfait, qu'il ne peut rien perdre ni rien acquérir, par conséquent que son bonheur ne peut jamais changer ; mais il nous est aussi impossible de concevoir ce bonheur que la nature même de Dieu.
Quant à la félicité des créatures, celle des saints dans le ciel consiste , selon saint Augustin, à voir Dieu , à l'aimer, à le louer pendant toute l'éternité: Videbimus, amabimus ; laudabimus.
"Lorsque Dieu daignera se montrer à nous, dit saint Jean, nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est ; quiconque tient de lui cette espérance se sanctifie, comme il est saint lui-même.» (Joan., c. 3, v. 2).
Mais saint Paul nous avertit que l'œil n'a point vu, que l'oreille n'a point entendu, que le cœur de l'homme n'a point compris les bien que Dieu prépare à ceux aui lùqi,ent: (I.Cor.,c.2,v.9).
Cette félicité lumière de gloire, dans la vision de Dieu, dans l'amour qui s'ensuit, ou dans la joie de l'âme parvenue à cet heureux état, nous n'en serions pas plus avancés.
La félicité des justes sur la terre est de connoître Dieu, de l'aimer, de sentir ses bienfaits, d'être soumis à sa volonté, de travailler à lui plaire, d'espérer la récompense qu'il promet à la vertu. Les incrédules traitent ce bonheur de chimère , d'illusion, de fanatisme; à la vérité , il n'est pas fait pour eux, ils sont incapables de le connoître et de le sentir; mais celui qu'ils désirent, et après lequel ils courent continuellement, est-il plus réel et plus solide? Nous n'avons pas besoin de leur aveu. Il nous suffit de comparer le calme, la sérénité,la paix qui règne ordinairement âme d'un saint, avec l'agitation qu'éprouvent continuellement ceux qui cherchent le bonheur en ce monde, avec le regret qu'ils ont de ne pas le trouver, avec les murmures qui leur échappent contre la Providence, parce qu'elle n'a pas trouve bon de le leur procurer.
L'ancienne dispute entre les stoïciens et les épicuriens, sur la nature et sur les causes de la félicité ou du bonheur, étoit, dans le fond, assez frivole : ou ces philosophes ne s'entendoient pas,ou ils se faisoient mutuellement illusion. Les premiers plaçoient le bonheur dans la vertu; c'est une belle idée : mais puisqu'ils n'avoient aucune certitude ni aucune espérance d'une félicité future dans une autre vie, tout le bonheur du sage ne pouvoit consister que dans le témoignage de la conscience, et dans la satisfaction d'être estimé des hommes, foible ressource contre la douleur et contre les afflictions, auxquelles un homme vertueux est exposé comme les autres. Ils avoient beau dire que le sage, même en souffrant,'est encore heureux, que la douleur n'est pas un mal pour lui : on leur soutenoit qu'ils mentoient par vanité. Les épicuriens, qui faisoient consister le bonheur dans le sentiment du plaisir, ne satisfaisoient pas à la question; il s'agissoit de savoir si des plaisirs aussi fragiles que ceux de ce monde, toujours troublés par la crainte de les perdre, et souvent par les remords , peuvent rendre l'homme véritablement heureux ; et le sens commun décide que ce n'est point là un vrai bonheur. Jésus-Christ a terminé la contestation , en nous apprenant que la félicité parfaite n'est pas de ce monde , mais qu'elle est réservée à la vertu dans une autre vie ; il nomme heureux les pauvres, les affligés, ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que leur récompense est grande dans le ciel. (Matt. c.5,v.12).
(L'Abbé Bergier - Dictionnaire de Théologie; Paris,  1846)
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